

Histoire
Introduction
à l'anesthésie
Types
de l'anesthésie
Médicaments
de l'anesthésie générale
Accidents
et incidents

Histoire
L'anesthésie
a cent cinquante ans d'existence, et, comme vous pouvez
vous en douter, elle a radicalement transformé
l'art chirurgical. En effet, avant l'anesthésie,
le médecin n'avait pas d'autre ressource que
d'opérer à vif. La douleur et le stress
étaient souvent fatals au malade, et le chirurgien
devait opérer le plus rapidement possible. C'est
de cette époque que le chirurgien tient sa réputation
de dextérité et de rapidité, car
ces deux qualités étaient indispensables
à la bonne réussite d'une opération
: un bon chirurgien devait travailler vite et bien s'il
voulait garder son malade en vie.
Avant
l'anesthésie, on essayait d'endormir les gens
comme on le pouvait, en utilisant de l'alcool ou des
drogues, à l'instar de la belladone. Lorsqu'il
n'y avait pas d'autres solutions, on les attachait solidement,
notamment lorsqu'il fallait procéder à
des amputations ou à des interventions dentaires.
Il ne faut pas oublier que le chirurgien non seulement
ne disposait pas d'anesthésie, mais qu'il n'y
avait non plus ni transfusion sanguine ni antibiotiques.
A fortiori, le médecin n'avait pas non plus l'équipement
perfectionné qui permet à présent
de réaliser des interventions inimaginables il
y a un siècle, surtout en chirurgie vasculaire
ou orthopédique.
L'anesthésie
a joué historiquement un rôle essentiel
dans l'évolution de la chirurgie, car en supprimant
la souffrance, elle a permis au chirurgien de travailler
plus calmement et plus lentement, et donc d'améliorer
ses techniques.

Introduction à l'anesthésie
A. Définition de l'anesthésie.
"Anesthésie" signifie privation de
sensations. Le but des anesthésies est de supprimer
la douleur, mais aussi tout autre influx lié
à une agression instrumentale, toute "nociception".
Chez un sujet comateux, la survenue de modifications
circulatoires peut témoigner d'une nociception.
B . Différents modes d'anesthésie.
L'anesthésie peut s'obtenir : (1) par une infiltration
des tissus et de leurs récepteurs avec des anesthésiques
locaux ; (2) par une infiltration loco-régionale
tronculaire ou plexique en amont ; (3) par le dépot
des AL au contact direct ou indirect de la moelle épinière
; (4) par une action globale sur tout le névraxe
grace à des anesthésiques généraux
ou sélectifs.
C . L'anesthésie obéit aux lois de la
pharmacocinétique.
La profondeur de l'anesthésie dépend de
la concentration de médicaments obtenue dans
les tissus nerveux, ou dans le plasma. Pour chaque médicament
anesthésique, il y a une concentration minimale
efficace CME.
La disparition des molécules anesthésiques
du lieu de leur action se fait soit par redistribution
dans les tissus voisins ou le sang, soit par biotransformation
locale, sanguine ou hépatique. La décroissance
de la concentration des anesthésiques est exponentielle
en fonction du temps.
D . L'anesthésie obéit aux lois de la
pharmacodynamie.
L'anesthésie ne s'obtient pas avec la même
dose de médicament chez chaque individu. Par
analogie avec la "Dose Efficace 50" (DE 50),
la "Concentration Alvéolaire Minimale"
(MAC) est la concentration d'anesthésiques gazeux
ou volatils inhalés qui est efficace chez 50%
des sujets. Une petite variation de concentration ou
de dose intraveineuse peut faire passer ce pourcentage
de 50 à 75% ou à 25%. Beaucoup d'anesthésiques
ont un faible rapport "Dose Létale 50"
/ DE 50.

Types de l'anesthésie
A. Anesthésie locale
& loco-régionale
Dans ce type d'anesthésie, le principe est celui
de l'anesthésie de contact entre la drogue et
la fibre nerveuse. Comme nous l'avons déjà
souligné, le produit anesthésique est
connu depuis longtemps, puisqu'il s'agit d'un dérivé
de la cocaïne. Les anesthésiques utilisés
actuellement ont pour nom : Xylocaïne*, Marcaïne*,
Duranest*, ou bien Citanest*, Pontocaïne*. Dans
l'anesthésie locale, on insensibilise seulement
l'endroit que l'on veut ouvrir, par exemple une dent
et la partie de gencive correspondante. L'anesthésie
loco-régionale concerne, elle, toute une région,
tout le territoire innervé par un tronc nerveux.
Les anesthésies locale et loco-régionale
sont utilisées pour les petites opérations
localisées, par exemple au niveau des mains,
des pieds, des dents etc. Mais toutes les opérations
sont susceptibles de bénéficier de ce
type d'anesthésie.
B . Anesthésie locale
L'anesthésie locale est la plus connue, et la
plupart d'entre vous en ont probablement déjà
subi une. Elle ne prend que quelques minutes : il suffit
d'injecter la Xylocaïne* dans la zone à
opérer à l'aide d'une très fine
aiguille .
C . Anesthésie régionale
Pour réaliser une anesthésie régionale,
il existe plusieurs techniques. La première est
l'anesthésie locale en intraveineuse sous garrot
(c'est l'anesthésie dite « canadienne »).
On place un garrot à la racine du membre, et
l'on injecte dans les veines une solution diluée
d'anesthésique local. L'anesthésie tronculaire
consiste à injecter l'anesthésique à
proximité d'un plexus nerveux, par exemple dans
l'aisselle, l'aine, ou au niveau du cou.
D . Rachianesthésie
L'anesthésie la plus communément pratiquée
est l'anesthésie rachidienne ou rachianesthésie.
Elle consiste à effectuer une ponction lombaire
(index, Examens complémentaires) au-dessous de
la première vertèbre lombaire (au-dessus,
il y a risque de léser la moelle épinière),
puis à injecter dans le liquide céphalo-rachidien
une solution anesthésique locale qui entraîne
une paralysie de la partie inférieure du corps.
Cette anesthésie est utilisée pour les
opérations de l'appareil urinaire, en gynécologie-obstétrique,
et pour les opérations orthopédiques du
membre inférieur (genou, cheville, etc.). On
peut la réaliser en effectuant une injection
unique. Il s'agit d'une anesthésie rapide et
puissante, mais que l'on ne peut pas prolonger. Il existe
une technique en continu : on introduit un microcathéter
(petit cathéter) dans le canal rachidien ce qui
permet d'entretenir l'anesthésie. Mais cette
technique a un inconvénient : il y a un risque
d'infection et de fuite du liquide céphalo-rachidien
lors de l'ablation du cathéter (avec danger de
céphalée).
E . Péridurale
L'anesthésie péridurale consiste à
pratiquer une ponction réalisée avec une
aiguille un peu plus grosse que celle utilisée
pour la rachianesthésie. On ne franchit pas les
diverses barrières méningées, car
l'on respecte la dure-mère, la couche la plus
externe des enveloppes fibreuses qui entourent le tissu
nerveux (index, Anatomie du système nerveux).
On injecte l'anesthésique dans l'espace péridural,
c'est-à-dire à l'extérieur de la
dure-mère. Cette anesthésie est moins
dangereuse et permet de mettre en place un cathéter
de plus gros diamètre. Si, du fait que l'on reste
en dehors des méninges, l'effet anesthésique
se fait sentir moins rapidement, il dure, en revanche,
plus longtemps.
L'avantage de cette technique, par rapport à
la rachianesthésie, est que l'on peut la pratiquer
à tous les étages de la moelle épinière,
puisque l'aiguille est plantée en dehors de la
dure-mère.
C'est ainsi que l'on fera une injection : - au niveau
dorso-lombaire pour la chirurgie digestive et thoracique
; - au niveau cervical pour la chirurgie du membre supérieur,
du thorax, des seins ou des artères carotides
; - au niveau lombaire pour les mêmes indications
que la rachianesthésie ainsi que pour les indications
obstétricales ; - au niveau du sacrum, en appliquant
la technique de l'anesthésie caudale, utilisée
en pédiatrie pour des opérations urologiques.
Il existe quelques contre-indications qui rendent impossible
ce type d'anesthésie : - le refus du patient
: vous avez parfaitement le choix et la liberté
de préférer une anesthésie générale,
sauf si votre état de santé rend préférable
une anesthésie locale ; - un trouble de la coagulation
sanguine (index, Hématologie); - un foyer infectieux
(furoncle, par exemple) à l'endroit de l'injection
; - une maladie neurologique évolutive, comme
une sclérose en plaques ; - l'épilepsie
et les convulsions ; - une allergie aux anesthésiques
locaux.

Médicaments de l'anesthésie générale
A. Les anesthésiques
généraux volatils et gazeux.
Ce sont, aujourd'hui, le protoxyde d'azote (N2O), et
les halogénés : l'halothane (*Fluothane),
l'enflurane (*Ethrane)et l'isoflurane (*Forane). Ils
peuvent suffire pour anesthésier des opérés.
A .1 : Modes d'action.
Après inhalation, transfert alvéolo-capillaire,
redistribution cardiaque vers les tissus richement vascularisés,
ils pénètrent dans les membranes lipidiques
dont ils modifient les caractéristiques physiques,
inhibant les mouvements ioniques et par conséquent
la conduction synaptique ou l'excitabilité et
la force contractile cardiaque. Ils ont des effets globaux
et aspécifiques sur toutes les cellules, mais
pour des concentrations variables. L'anesthésie
survient quand un certain nombre de sites d'action nerveux
sont bloqués, ce qui se produit pour une concentration
alvéolaire donnée, légèrement
supérieure à la MAC (cf 1.4.) L'anesthésie
se maintient en conservant la même concentration
alvéolaire, et donc tissulaire. Le réveil
est obtenu pour des concentrations alvéolaires
d'anesthésique inférieures à 20%
de la MAC. Ces anesthésiques ont des effets additifs
entre eux.
A .2 : Propriétés générales.
Leur puissance et leur délai d'action sont liés
à leurs propriétés physico-chimiques
par exemple la température critique et la solubilité
dans les graisses. Le N2O est peu puissant, peu soluble
mais rapide d'action, l'halothane est puissant, très
soluble dans les graisses mais plus lent d'action.
Ils dépriment tous l'activité cérébrale,
la neuro-transmission, les réflexes aéro-digestifs,
le tonus musculaire, la réactivité végétative
à la nociception, la thermorégulation,
la ventilation, le débit cardiaque, le tonus
vaso-moteur, la perfusion hépatique et rénale,
la sécrétion hormonale. Ils provoquent
un coma réversible. Leur action nécessite
donc la prise en charge par l'anesthésiste de
la ventilation ainsi que des interventions sur l'hémodynamique.
Ils peuvent avoir une certaine toxicité sur le
foie, les reins et chez certains sujets génétiquement
prédisposés (porphyriques, myopathes...).
B . Les anesthésiques intraveineux.
Ce sont des hypnotiques qui, à doses fortes,
provoquent un coma avec disparition des réflexes
aéro-digestifs, dépression ventilatoire
et circulatoire, peu d'analgésie et peu d'hypotonie
musculaire. Ils ne suffisent pas à l'anesthésie
chirurgicale. Ils diffèrent les uns des autres.
* Le thiopental (*Penthotal, *Nesdonal) est un barbiturique
ultra-court. C'est un anticonvulsivant. Il provoque
des apnées. Seul, il ne permet pas l'intubation.
Il entraine des allergies dans 1 cas pour 500, environ.
Il aggrave les porphyries. Il est métabolisé
par le foie. Il est d'un emploi assez sûr à
la dose de 5 mg/kg-1, avec des réinjections de
moitié dose toutes les 10 à 30 minutes.
* Le propofol (*Diprivan), récent, fournit une
anesthésie plus complète que le précédent.
Il provoque des apnées, une dépression
ventilatoire et cardio-vasculaire prononcée.
Il permet l'exposition de la glotte mais pas l'intubation.
Il n'entraine que peu d'allergies. Il est métabolisé
par le foie. Il s'administre à la dose initiale
de 2 mg/kg-1 puis de 5 à 7 mg/kg-1.h-1 en perfusion.
* L'étomidate fournit une anesthésie légère,
avec apnées et hypoventilation modérée,
mais il n'est ni dépresseur circulatoire ni allergisant
, d'où son intéret chez l'insuffisant
circulatoire et l'atopique. Métabolisé
par le foie, il s'administre à la dose de 0,4
mg/kg-1 à l'induction.
* La kétamine est un médicament à
part qui provoque un état de catalepsie, d'analgésie
et une amnésie, sans véritable hypnose.
Le réveil est souvent marqué par des rêves,
des hallucinations. Ses effets respiratoires modérés,
et son effet adrénergique la rendent utile en
pays sous-médicalisé. La dose d'induction
est de 2 mg/kg-1 en IV ou 7 mg en IM. Il agit pendant
15 minutes. Une prémédication d'atropine
et de benzodiazépine s'impose.
* Les benzodiazépines permettent de potentialiser
l'anesthésie ou d'initier une induction. Parmi
elles, le flunitrazépam (1 à 2 mg IV),
le midazolam 2 à 5 mg IV sont les plus utilisés.
C . Les morphiniques
Les médicaments précédents étant
peu analgésiants, sauf la kétamine, la
plupart des anesthésies générales
réclament des morphiniques, tous dépresseurs
ventilatoires majeurs, légèrement sédatifs
et veinodilatateurs. Le fentanyl, à la dose de
5 ug/kg-1 en 3 h n'entraine pas d'hypoventilation résiduelle.
La morphine (0,3 mg/kg-1), la péthidine (*Dolosal
1 à 2 mg/kg-1) ont encore leur place. La naloxone
(*Narcan 5 à 10 ug/kg-1) permet de traiter les
surdosages anesthésiques.
D . Les curares
Les curares compétitifs de l'acétyl-choline
bloquent la jonction neuro-musculaire. Ils sont antagonisables
par la prostigmine (1 à 3 mg après atropine
1 mg). Ils provoquent une paralysie ventilatoire complète
et durable, qui s'allège peu à peu. Leur
emploi à dose efficace pour un bon relâchement
abdominal nécessite la ventilation contrôlée
et l'intubation trachéale.
Hydrosolubles, ils ont un faible volume de distribution
et s'éliminent essentiellement par les reins.
Leur durée d'action varie de 20 à 50 minutes.
Le pancuronium et le vecuronium s'emploient à
la dose de 0,1 mg/kg-1 qui permet l'intubation. L'atracurium
est détruit dans le plasma par la réaction
d'Hoffman.
Le suxaméthonium (*Célocurine, 1 mg/kg-1)
agit comme l'acétyl-choline en dépolarisant
la plaque motrice. D'action rapide, il est de moins
en moins utilisé, car allergisant et hyperkaliémiant.

Accidents et incidents
L'anesthésie
n'est pas un acte anodin, et elle peut engendrer des
accidents, parfois graves. Mais ne vous alarmez pas,
ces accidents sont très rares. Voici quelques-uns
de ceux qui peuvent survenir. - Les chocs anaphylactiques
: ce sont les accidents les plus graves et les plus
imprévisibles, provoqués par les produits
anesthésiants. Le chloroforme était autrefois
responsable de nombreux accidents cardiaques, en particulier
des fibrillations ventriculaires (index, Troubles du
rythme). - L'hypoventilation est l'accident
le plus fréquent de nos jours, caractérisée
par une respiration insuffisante pour assez oxygéner
le sang. L'hypoventilation survient souvent pendant
l'opération ; elle peut avoir différentes
origines : un défaut de surveillance, un débranchement
accidentel des tuyaux d'alimentation, un encombrement
bronchique, la présence d'un corps étranger
ou de vomissements dans les bronches. - L'arrêt
cardiaque : il peut être provoqué par une
hémorragie massive au cours de l'opération,
ou par une hypothermie (baisse trop importante de la
température interne). - L'embolie gazeuse
: une bulle de gaz peut se former dans les vaisseaux
et se déplacer jusque dans le cerveau où
elle est susceptible de provoquer un accident vasculaire
cérébral grave. Cet accident peut survenir
dans les interventions où l'on insuffle du gaz
carbonique dans l'organisme, par exemple lors des cœlioscopies.
- L'embolie amniotique obéit
au même principe. Un fragment de placenta peut
migrer dans les vaisseaux lors d'une intervention d'obstétrique
ou lors d'une césarienne. - L'embolie
fibrino-cruorique : un caillot sanguin se forme
parfois très vite pendant une intervention et
être à l'origine d'une embolie pulmonaire
massive.
Précisons
que ces accidents ne sont pas provoqués par l'anesthésie
elle-même, mais, s'ils ont lieu pendant l'opération,
c'est le rôle de l'anesthésiste de les
prendre en charge et d'adopter toutes les mesures appropriées
pour les soigner. - Le coma est la conséquence
la plus grave de ces accidents, en dehors du décès.
En cas de coma, par définition, le malade ne
se réveille pas après l'opération,
en dépit de toutes les manœuvres de réanimation.
Le coma est en général secondaire à
une défaillance circulatoire de plus ou moins
longue durée chez un malade qui a été
réanimé.
Incidents
Il
existe de nombreux autres accidents, nettement moins
graves : - les accidents de l'intubation trachéale
: ce peut être une dent cassée, ou une
lésion d'une corde vocale ; - l'ulcère
de cornée : provoqué par le sparadrap
que l'on colle sur les paupières pour les garder
fermées ; - les compressions des troncs
nerveux : la position du patient sur la table
d'opération entraîne parfois des compressions
des nerfs, notamment au niveau du bras et de la jambe,
susceptibles d'être ultérieurement à
l'origine de paralysies motrices ou sensitives ; -
les brûlures : elles sont provoquées
par le bistouri électrique.
Au cours
du réveil
Ce
sont les accidents les plus fréquents, c'est
pourquoi le réveil est la période qui
doit être la mieux surveillée. A ce stade,
en effet, on observe une « recirculation »
des médicaments anesthésiques. Après
le réveil apparent du patient, les drogues encore
présentes dans l'organisme peuvent entraîner
son rendormissement. C'est pourquoi il est important
d'avoir à disposition une salle de réveil
bien équipée en matériel et en
personnel. La salle de réveil n'est pas obligatoire,
mais il est recommandé que chaque établissement
hospitalier en possède une.
Cet
endormissement non désiré s'accompagne
parfois d'une hypoventilation, voire d'un arrêt
respiratoire. Ce n'est pas grave lorsque le patient
est sous surveillance, et c'est même assez fréquent.
En
revanche, cet épisode peut être grave quand
le malade est dans sa chambre.
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